Comprendre
Psychiatre, psychologue, psychothérapeute, psychanalyste : où se situe le neuropsychologue ?
Quatre professions souvent confondues : formation, titre protégé, prescription, remboursement. Le neuropsychologue, lui, est un psychologue spécialisé.
La différence tient d’abord à la formation initiale et à ce qu’elle autorise. Le psychiatre est un médecin : il diagnostique, prescrit des médicaments et peut hospitaliser. Le psychologue est titulaire d’un master de psychologie : il évalue, accompagne et assure des suivis, mais ne prescrit pas ; la neuropsychologie est l’une de ses spécialités de master, et non une profession distincte. Le psychothérapeute n’est pas une profession de plus : c’est un titre réglementé qui atteste d’une formation spécifique à la conduite de psychothérapies. Le psychanalyste, enfin, se réfère à un corpus théorique, et son titre n’est protégé par aucune loi.
Quatre professions, quatre logiques
Le psychologue
En France, l’usage professionnel du titre de psychologue est réservé aux titulaires d’un diplôme universitaire de haut niveau en psychologie, dans les conditions fixées par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985. Concrètement : cinq années d’études universitaires, licence puis master, avec des stages professionnels supervisés.
Le titre est protégé. Son usurpation est sanctionnée pénalement. Un psychologue doit être enregistré auprès de l’agence régionale de santé et dispose depuis 2024 d’un numéro RPPS (Répertoire partagé des professionnels intervenant dans le système de santé), identifiant national unique qui a remplacé l’ancien numéro ADELI.
Le psychologue n’est pas médecin. Il ne prescrit ni médicament ni arrêt de travail, et ne pose pas de diagnostic médical. Son champ est celui du fonctionnement psychique : évaluation, entretien clinique, suivi, accompagnement et guidance.
Le mot « psychologue » ne dit pas tout de la pratique du professionnel, car il existe plusieurs spécialités de Masters :
- Le psychologue clinicien est spécialisé dans la compréhension de la souffrance psychique, des troubles émotionnels et du suivi psychothérapeutique.
- Le psychologue du développement étudie les étapes de l’évolution cognitive, affective et sociale, de l’enfance jusqu’au vieillissement.
- Le psychologue du travail et des organisations s’intéresse à la santé mentale en milieu professionnel, aux dynamiques de groupe et à la prévention des risques psycho-sociaux.
- Le psychologue de l’éducation et de l’orientation accompagne les élèves dans leur parcours scolaire, leurs apprentissages et leurs choix d’orientation.
- Le psychologue de la santé ou de la psychologie sociale intervient sur la prévention, les comportements de santé et l’accompagnement des personnes confrontées à la maladie chronique.
- Le neuropsychologue, enfin, est spécialisé dans les liens entre le fonctionnement du cerveau, les fonctions cognitives et le comportement. C’est précisément la spécialité que j’exerce au quotidien.
Un éclairage sur ma spécialité : la neuropsychologie
Le neuropsychologue est un psychologue titulaire d’un Master spécialisé dans l’étude des relations entre le fonctionnement du cerveau et les fonctions cognitives (attention, mémoire, langage, fonctions exécutives, gnosies, praxies, cognition sociale…).
Grâce à cette expertise, il évalue le fonctionnement cognitif dans toutes ses composantes ainsi que la gestion émotionnelle pour comprendre comment une personne réfléchit et interagit au quotidien. À travers un bilan cognitif, il met des mots sur ses forces et ses difficultés, éclaire un diagnostic et propose des solutions concrètes pour faciliter la vie de tous les jours.
On le retrouve historiquement à l’hôpital, en neurologie, gériatrie, psychiatrie, rééducation ou dans des structures spécialisées comme les Centres Mémoire de Ressources et de Recherche (CMRR). Aujourd’hui, les cabinets libéraux viennent offrir un accompagnement de proximité : ils interviennent aussi bien dans le suivi des atteintes neurologiques, des traumatismes crâniens ou du vieillissement que dans le cadre des troubles du neurodéveloppement (TDAH, TSA, troubles spécifiques des apprentissages, HPI), souvent en lien étroit avec les médecins du secteur et les Plateformes de Coordination et d’Orientation (PCO).
Le neuropsychologue ne pose pas seul un diagnostic médical. Il produit une évaluation objectivée du fonctionnement cognitif, qui constitue une pièce du dossier. Le diagnostic est posé par un médecin, au terme d’une démarche pluridisciplinaire. Sur le TDAH par exemple, la Haute Autorité de Santé rappelle qu’il n’existe aucun marqueur biologique et que le diagnostic repose sur une démarche clinique complète.
Le psychiatre
Le psychiatre est un médecin spécialiste. Après six années d’études de médecine, il a suivi un internat de psychiatrie de quatre ans. Il est le seul des quatre à pouvoir :
- poser un diagnostic médical au sens strict,
- prescrire des médicaments psychotropes (antidépresseurs, anxiolytiques, thymorégulateurs, psychostimulants),
- prescrire des examens complémentaires (imagerie, bilan biologique),
- rédiger un arrêt de travail,
- décider ou organiser une hospitalisation.
Ses consultations sont remboursées par l’Assurance Maladie dans le cadre du parcours de soins coordonnés. Beaucoup de psychiatres pratiquent également la psychothérapie ; d’autres se concentrent sur le suivi médicamenteux et travaillent en binôme avec un psychologue.
Le psychothérapeute
C’est le titre le plus mal compris. Depuis le décret n° 2010-534 du 20 mai 2010, l’usage du titre de psychothérapeute est réglementé et suppose une inscription au registre national des psychothérapeutes, tenu par les agences régionales de santé.
L’accès à la formation requise (au minimum 400 heures de théorie en psychopathologie clinique et un stage pratique) est réservé aux titulaires d’un doctorat de médecine ou d’un master de psychologie ou de psychanalyse.
Autrement dit : « psychothérapeute » n’est pas un métier parallèle aux trois précédents. C’est une qualification que peuvent porter un médecin, un psychologue ou un psychanalyste remplissant ces conditions. Un professionnel qui se présente comme « thérapeute », « psychopraticien » ou « coach » n’est en revanche soumis à aucune de ces obligations : ces appellations ne sont pas protégées.
Le psychanalyste
Le titre de psychanalyste n’est protégé par aucune loi. Un psychanalyste se réfère à un corpus théorique (Freud, Lacan, Klein et leurs continuateurs) et a généralement suivi lui-même une analyse ainsi qu’une supervision au sein d’une école. Beaucoup de psychanalystes sont par ailleurs psychiatres ou psychologues, mais ce n’est pas une obligation légale.
Tableau comparatif
| Psychologue | Psychiatre | Psychothérapeute | Psychanalyste | |
|---|---|---|---|---|
| Formation | Master de psychologie (bac +5), dans l’une des spécialités décrites ci-dessus | Doctorat de médecine + internat de psychiatrie (bac +10 ou +11) | Titre inscrit au registre national, adossé à un doctorat de médecine ou un master de psychologie / psychanalyse | Aucune formation légalement exigée ; en pratique, une analyse personnelle et une supervision au sein d’une école |
| Titre protégé | Oui (loi de 1985) | Oui (titre de médecin spécialiste) | Oui (décret de 2010) | Non |
| Prescrit des médicaments | Non | Oui | Selon sa profession d’origine | Non |
| Réalise un bilan cognitif standardisé | Selon sa spécialité : c’est le cœur de métier du neuropsychologue | Rarement lui-même | Selon sa profession d’origine | Non |
| Remboursement Assurance Maladie | Non, sauf dispositif Mon soutien psy | Oui | Selon sa profession d’origine | Non |
Le neuropsychologue n’a pas de colonne à lui : il relève de celle du psychologue, dont la neuropsychologie est une spécialité de master. De même, beaucoup de psychanalystes sont par ailleurs psychiatres ou psychologues : ce sont alors les règles de cette profession qui s’appliquent.
Qui consulter, selon ce qui vous amène
Aucune règle ne remplace l’avis de votre médecin traitant, qui reste le premier interlocuteur et le mieux placé pour orienter. Les repères ci-dessous sont indicatifs.
- Vous ressentez une souffrance psychique, de l’anxiété, une tristesse durable. Un psychologue formé à une approche évaluée, comme les thérapies cognitives et comportementales, est un point d’entrée pertinent. Si les symptômes sont intenses, s’ils durent, ou s’ils s’accompagnent d’idées noires, un avis médical est nécessaire sans attendre.
- Vous constatez des oublis inhabituels, une perte du fil, des difficultés d’organisation. Un bilan neuropsychologique permet d’objectiver ce qui est en jeu. Il se prescrit et s’interprète en lien avec un médecin.
- Un enfant est en difficulté scolaire, agité, ou en retrait. Le médecin ou le pédiatre oriente ; le neuropsychologue évalue le fonctionnement cognitif ; le diagnostic éventuel de trouble du neurodéveloppement relève d’un médecin formé.
- Un traitement médicamenteux est envisagé, ou déjà en cours. Seul un médecin, généraliste ou psychiatre, peut l’initier, l’ajuster et l’arrêter.
- Vous êtes en situation de détresse immédiate. Contactez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, ou le 15. Les personnes sourdes ou malentendantes peuvent joindre le 114 par SMS.
Une question fréquente : le remboursement
Les consultations de psychiatre sont prises en charge par l’Assurance Maladie. Celles de psychologue ne le sont pas, sauf dans le cadre du dispositif Mon soutien psy, qui permet un remboursement de séances réalisées par des psychologues ayant signé une convention avec l’Assurance Maladie, dans des conditions et à un tarif fixés par ce dispositif. Tous les psychologues n’y participent pas : c’est un choix professionnel.
En dehors de ce dispositif, de nombreuses mutuelles remboursent tout ou partie des séances de psychologue. Il est utile de vérifier son contrat avant de commencer un suivi. Certains parcours spécifiques, comme ceux organisés par les plateformes de coordination et d’orientation des troubles du neurodéveloppement (PCO-TND), permettent une prise en charge intégrale du bilan pour les enfants éligibles, sans avance de frais.
Ils ne sont pas concurrents
C’est le point le plus important, et le plus souvent oublié. Dans les situations un peu complexes, ces professionnels travaillent ensemble.
Un adulte chez qui un TDAH est suspecté rencontre typiquement son médecin traitant, un neuropsychologue pour l’évaluation cognitive, un psychiatre pour le diagnostic et l’éventuelle discussion médicamenteuse, et un psychologue pour l’accompagnement psychothérapeutique. Une personne qui présente des troubles de la mémoire après un accident vasculaire cérébral est suivie par un neurologue, évaluée par un neuropsychologue, accompagnée en remédiation cognitive et parfois soutenue en psychothérapie.
Les recommandations de la Haute Autorité de Santé insistent d’ailleurs, sur la plupart de ces situations, sur le caractère multimodal et pluridisciplinaire de la prise en charge.
Choisir « le bon professionnel » revient donc rarement à trancher entre quatre options. Il s’agit plutôt de trouver la bonne porte d’entrée, puis de laisser se construire une équipe autour de la situation.
Aller plus loin sur ce site
Vous hésitez encore sur la porte d’entrée qui vous concerne ? La page Le bilan neuropsychologique détaille les situations dans lesquelles une évaluation cognitive est indiquée, et la page L’accompagnement psychothérapeutique explique le cadre des thérapies cognitives et comportementales.
Les termes techniques employés ici sont définis dans le glossaire, et les questions les plus fréquentes sont regroupées dans la FAQ. Pour une orientation personnalisée, écrivez via la page contact.
Sources
- Loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social (article 44 : usage professionnel du titre de psychologue) (nouvelle fenêtre)Légifrance
- Décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 relatif à l’usage du titre de psychothérapeute (nouvelle fenêtre)Légifrance
- Remboursement de séances chez le psychologue : dispositif Mon soutien psy (nouvelle fenêtre)Assurance Maladie (ameli.fr)
- Bascule des professionnels ADELI dans le RPPS (nouvelle fenêtre)Agence du Numérique en Santé
- Trouble du neurodéveloppement / TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents (2024) (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé
- Épisode dépressif caractérisé de l’adulte : prise en charge en premier recours (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé
Écrit par
Neuropsychologue · Psychologue TCC
Master II de Neuropsychologie cognitive et clinique, Université de Strasbourg (2014). Je reçois en visioconsultation pour les suivis TCC, et à domicile pour les bilans neuropsychologiques.