Aller au contenu principal
Confort

Confort de lecture

Taille du texte
Espacement des lignes
Police
Contraste
Apparence
Contact

Neurodéveloppement

Habiletés sociales : pourquoi un travail en groupe change tout

Les compétences sociales s’apprennent en situation, pas en théorie. Ce qu’un entraînement en groupe apporte, pour qui, et comment se déroule un cycle.

Les habiletés sociales (engager une conversation, lire une intention, réparer un malentendu, refuser sans blesser) s’apprennent en situation, pas en théorie. C’est pourquoi un entraînement en groupe apporte ce qu’un accompagnement individuel ne peut pas offrir : des interlocuteurs réels, des réactions imprévues, et un cadre où l’on peut se tromper sans conséquence. Le groupe n’est pas une commodité d’organisation, c’est l’outil de travail lui-même.

De quoi parle-t-on exactement

Deux notions voisines, souvent confondues, méritent d’être distinguées.

La cognition sociale désigne l’ensemble des processus qui permettent de traiter l’information sociale : reconnaître une émotion sur un visage, saisir le ton d’une phrase, inférer l’intention d’autrui, comprendre l’implicite, l’ironie ou le second degré. C’est une fonction cognitive, au même titre que la mémoire ou l’attention, et elle s’évalue lors d’un bilan neuropsychologique.

Les habiletés sociales en sont la traduction comportementale : ce que l’on fait effectivement dans l’interaction. Entrer dans une conversation, la maintenir, la clore. Prendre son tour de parole. Adapter son registre selon l’interlocuteur. Exprimer un désaccord. Réagir à une moquerie. Demander de l’aide.

Ces compétences ne relèvent ni du caractère ni de la bonne volonté. Elles s’acquièrent, comme n’importe quelle habileté complexe, et elles peuvent donc s’enseigner.

Pourquoi le groupe est le bon cadre

Le matériel de travail est présent dans la salle

En entretien individuel, on parle d’une interaction passée, reconstruite de mémoire, avec un seul point de vue : celui de la personne. En groupe, l’interaction a lieu. Elle est observable, arrêtable, reprenable.

Un malentendu qui se produit entre deux participants devient immédiatement une situation de travail : ce qui a été dit, ce qui a été compris, l’écart entre les deux, et comment on le répare. Aucun jeu de rôle avec un thérapeute ne reproduit cela, parce que le thérapeute est prévisible, bienveillant par fonction, et qu’il ne se vexe pas.

La généralisation

C’est l’argument décisif. Un apprentissage réalisé dans un contexte unique reste souvent attaché à ce contexte. Ce que l’on parvient à faire avec son psychologue ne se transpose pas mécaniquement à la cour de récréation ou à la machine à café.

Le groupe multiplie les interlocuteurs, les tempéraments et les situations. Il rapproche l’entraînement des conditions réelles et facilite le transfert vers la vie quotidienne : la généralisation, objectif explicite de tout entraînement aux habiletés sociales.

L’effet de reconnaissance mutuelle

Beaucoup de participants découvrent en groupe qu’ils ne sont pas les seuls. Cette découverte a un effet direct sur la honte, qui est un obstacle majeur : on ne s’entraîne pas à une compétence dont on a honte de manquer.

Entendre un pair décrire exactement sa propre difficulté fait davantage pour la déculpabilisation que n’importe quelle explication donnée par un professionnel. C’est un levier que le format individuel ne possède pas.

Le retour des pairs

Un retour venant d’un professionnel est reçu comme un avis d’expert : utile, mais extérieur. Un retour venant d’un pair du même âge est reçu comme une information sociale réelle. « Quand tu as dit ça, j’ai cru que tu te moquais » a un poids qu’aucune reformulation clinique n’égale.

Le groupe permet aussi l’apprentissage par observation : voir un autre participant réussir une entrée en conversation, comprendre comment il s’y est pris, l’essayer à son tour.

Un cadre où l’erreur est prévue

Dans la vie ordinaire, une maladresse sociale coûte cher : moquerie, exclusion, gêne durable. Dans un groupe fermé, avec des règles posées, l’erreur est le matériau du travail. On peut rater, recommencer, ajuster.

Ce droit à l’erreur explicite est, pour de nombreux participants, la première expérience du genre.

Ce que disent les recommandations

Les habiletés sociales figurent explicitement parmi les domaines fonctionnels visés par les interventions recommandées.

Pour l’enfant et l’adolescent, la HAS indique dans sa recommandation de 2026 sur le trouble du spectre de l’autisme que « les interventions concernent plusieurs domaines fonctionnels comme l’autonomie dans la vie quotidienne, la communication, les habiletés sociales, la sensorialité et la motricité », et que tout projet comporte « un volet personnalisé portant sur l’amélioration de la communication ».

Pour l’adulte, la recommandation de 2018 sur le parcours de vie des adultes autistes retient la même logique : construire le projet avec la personne, en objectifs concrets et atteignables, dans une visée d’inclusion sociale et de qualité de vie.

Concernant le TDAH de l’enfant et de l’adolescent, la HAS recommande en 2024 une approche « multimodale et multidisciplinaire », dans laquelle les interventions non médicamenteuses (psychoéducation, programmes de développement des compétences parentales, thérapies comportementales, cognitives et émotionnelles) constituent le socle, et non un complément facultatif.

Enfin, pour l’anxiété sociale et les difficultés d’affirmation de soi, le guide de la HAS consacré aux troubles anxieux mentionne parmi les exercices concrets ceux « d’exposition et d’affirmation de soi ». Un groupe est, par nature, un dispositif d’exposition sociale graduée : il expose à ce qui est redouté (le regard des autres) dans un cadre contenant.

Comment fonctionne concrètement un cycle

Un groupe fermé, restreint, homogène en âge

Trois paramètres, et chacun a une raison d’être.

Fermé : les mêmes participants du début à la fin. La confiance ne se construit pas dans un groupe dont la composition change ; or sans confiance, personne ne prend le risque de se tromper devant les autres.

Restreint : cinq à six participants. Assez pour que la diversité des interlocuteurs existe, assez peu pour que chacun ait un temps de parole réel et que rien n’échappe à l’observation.

Homogène en âge : les enjeux sociaux d’un enfant de 9 ans, d’un adolescent de 15 ans et d’un adulte de 35 ans n’ont rien de commun. Les groupes sont donc constitués par tranches d’âge.

Un cycle d’une douzaine de séances d’environ une heure trente. La répétition espacée est ce qui permet l’ancrage : un module isolé n’installe pas une compétence.

Le déroulé d’une séance

Le format varie selon l’âge et les objectifs, mais suit généralement une progression stable :

  1. Un temps d’accueil et le retour sur ce qui a été tenté depuis la dernière séance.
  2. L’introduction d’une habileté cible : une seule, formulée simplement, par exemple « demander de l’aide » ou « exprimer un désaccord ».
  3. La décomposition de cette habileté en étapes observables. Ce découpage explicite est central : ce qui est intuitif pour les uns doit être rendu visible pour les autres.
  4. Le modelage : la compétence est montrée, y compris dans une version maladroite que le groupe analyse.
  5. Le jeu de rôle : chacun s’essaie, en s’appuyant sur des situations issues de sa propre vie.
  6. Le retour : du groupe puis du thérapeute, centré sur le comportement observable et non sur la personne.
  7. Une tâche à réaliser d’ici la séance suivante, dans un contexte réel, calibrée pour être difficile mais atteignable.

Les supports s’adaptent : vidéos, photographies d’expressions faciales, scénarios sociaux, jeux coopératifs pour les plus jeunes, situations professionnelles pour les adultes.

La place de l’entourage

Pour les enfants et adolescents, le lien avec les parents est déterminant : ce qui n’est pas repris à la maison a peu de chances de s’installer. Des temps d’échange avec les familles permettent de transmettre l’habileté travaillée et la manière de la soutenir sans faire à la place. Cette logique rejoint les programmes de développement des compétences parentales recommandés par la HAS dans le TDAH.

À qui cela s’adresse

Un entraînement aux habiletés sociales peut être proposé notamment dans le cadre :

  • d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA) sans déficience intellectuelle ;
  • d’un TDAH, où l’impulsivité et les difficultés d’inhibition retentissent fortement sur les relations ;
  • de difficultés pragmatiques du langage : le langage est correct sur le plan formel, mais son usage social est en difficulté ;
  • d’une anxiété sociale marquée, avec évitement des situations d’interaction ;
  • de difficultés d’affirmation de soi chez l’adulte : dire non, poser une limite, formuler une demande, recevoir une critique. C’est l’objet d’un cycle distinct, centré sur l’assertivité.

L’entrée en groupe est précédée d’un entretien individuel. Il ne s’agit pas d’une formalité : il permet de vérifier que le format convient, de définir des objectifs personnels et de préparer la première séance.

Ce que le groupe ne remplace pas

  • Il ne remplace pas un bilan. Les objectifs se définissent à partir de ce qui a été évalué.
  • Il ne remplace pas un suivi individuel lorsque la souffrance psychique est au premier plan. Les deux se combinent souvent.
  • Il ne rend personne « normal ». L’objectif n’est pas de faire disparaître une singularité, mais d’élargir le champ des interactions possibles et de réduire la souffrance qui accompagne l’échec social répété.
  • Il ne convient pas à tout moment. Une anxiété trop intense, une période de crise, un besoin de sécurité qui n’est pas encore établi peuvent justifier de commencer en individuel, et de rejoindre un groupe plus tard.

Sources

  1. Trouble du spectre de l’autisme : interventions et parcours de vie du nourrisson, de l’enfant et de l’adolescent (2026) (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé
  2. Trouble du spectre de l’autisme : interventions et parcours de vie de l’adulte (2018) (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé
  3. Trouble du neurodéveloppement / TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents (2024) (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé
  4. Guide Affection de longue durée : Affections psychiatriques de longue durée : troubles anxieux graves (juin 2007) (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé

Écrit par

Cyrielle Hue

Neuropsychologue · Psychologue TCC

Master II de Neuropsychologie cognitive et clinique, Université de Strasbourg (2014). Je reçois en visioconsultation pour les suivis TCC, et à domicile pour les bilans neuropsychologiques.

Retour aux articlesContact & RDV