Aller au contenu principal
Confort

Confort de lecture

Taille du texte
Espacement des lignes
Police
Contraste
Apparence
Contact

Le bilan

Après le diagnostic : que fait-on des résultats d’un bilan ?

Un compte rendu n’est pas une fin de parcours. Comment se déroule la restitution, à qui appartiennent les résultats, et ce qu’on en fait concrètement.

Un bilan neuropsychologique ne s’arrête pas à la remise d’un document. Les résultats servent trois choses : comprendre ce qui se passe, décider de ce que l’on met en place, et disposer d’un écrit utilisable par les professionnels et les institutions qui accompagnent la personne. C’est la restitution (et surtout ce qui la suit) qui transforme des scores en décisions concrètes. Un bilan sans suite est un bilan à moitié fait.

La restitution : le moment où les résultats deviennent utiles

Un rendez-vous, pas une remise de document

La restitution est un temps clinique à part entière, distinct de la passation, généralement fixé quelques semaines après les épreuves. Ce délai n’est pas administratif : il correspond au temps nécessaire à la cotation, à l’analyse du profil et à la rédaction.

Ce rendez-vous suit une progression : rappel de la question posée au départ, présentation des observations, explication des résultats domaine par domaine, mise en lien avec les difficultés rapportées dans la vie réelle, puis propositions.

L’ordre compte. Commencer par les scores, c’est réduire une personne à des chiffres. Commencer par la question posée, c’est lui rendre le fil de sa propre histoire.

Comprendre plutôt que retenir

La Haute Autorité de santé, dans son guide sur l’annonce d’un diagnostic, souligne que l’annonce n’est pas un acte ponctuel mais un processus qui s’inscrit dans la durée et qui doit tenir compte de ce que la personne est prête à entendre.

Concrètement : personne ne mémorise l’intégralité d’une restitution. C’est normal, et cela ne relève d’aucun trouble : l’émotion mobilise les ressources attentionnelles. D’où quelques principes simples : venir accompagné si on le souhaite, prendre des notes, poser les questions au fur et à mesure sans attendre la fin, et savoir qu’on pourra revenir sur un point plus tard.

Qui est présent

Pour un adulte, la personne évaluée, et un proche si elle le souhaite. Pour un enfant ou un adolescent, la restitution se fait aux parents ou représentants légaux, et à l’enfant lui-même, dans des termes qu’il peut comprendre et à sa mesure. Un enfant qui a passé trois heures d’épreuves a le droit de savoir ce qu’elles ont montré. L’exclure de ce moment alimente exactement l’inquiétude que le bilan devait lever.

Ce que contient un compte rendu

Un compte rendu de bilan n’est pas un tableau de scores. Il comporte en règle générale :

  • Le motif de la demande et qui l’a formulée.
  • Les éléments d’anamnèse pertinents : parcours développemental, scolaire ou professionnel, antécédents, contexte actuel.
  • Les conditions de passation et les observations qualitatives : fatigabilité, stratégies employées, réaction à l’échec, coopération.
  • Les résultats par domaine (attention, mémoire, langage, fonctions exécutives, fonctions visuo-spatiales, cognition sociale) situés par rapport à l’étalonnage.
  • Une synthèse interprétative : ce que le profil signifie, ce qu’il n’autorise pas à conclure, les hypothèses écartées.
  • Des préconisations hiérarchisées et concrètes.

Un bon compte rendu se reconnaît à un critère simple : il est lisible par la personne concernée, pas seulement par un confrère. Le Code de déontologie des psychologues rappelle d’ailleurs que les conclusions doivent être formulées avec prudence et rester compréhensibles pour leur destinataire.

À qui appartiennent les résultats

Le compte rendu appartient à la personne évaluée, ou à ses représentants légaux si elle est mineure. Elle en est destinataire, et elle seule décide de le transmettre ou non.

Cela a des conséquences pratiques :

  • Le psychologue est tenu au secret professionnel. Aucune information n’est transmise à un tiers sans accord.
  • Le médecin prescripteur ne reçoit le compte rendu que si la personne y consent. Dans les faits c’est presque toujours souhaitable, puisque c’est lui qui coordonne les soins, mais cela reste un choix.
  • L’école, l’employeur, une institution ne reçoivent jamais le document intégral de la main du psychologue. Ce qui est utile à l’école, ce sont les aménagements à mettre en place, pas les scores. Un document distinct, plus court et ciblé, est préférable au compte rendu complet.
  • Une MDPH, une PCO-TND ou un organisme d’aménagement d’examens demandent souvent le compte rendu : là encore, c’est la personne qui le transmet.

Un principe utile : plus un document circule, moins on maîtrise sa lecture. Diffuser un compte rendu complet à un cercle large expose à des interprétations qui échappent au clinicien comme au patient.

Les trois questions auxquelles les résultats répondent

1. Qu’est-ce qui explique la difficulté ?

C’est la fonction explicative. Elle change souvent la lecture d’une situation : un élève « qui ne fournit pas d’effort » peut se révéler en difficulté de mémoire de travail ; une personne « désorganisée » peut présenter une atteinte des fonctions exécutives ; une lenteur prise pour de la mauvaise volonté peut relever d’une vitesse de traitement basse.

Cette compréhension a un effet immédiat et souvent sous-estimé : elle lève la culpabilité. Beaucoup d’adultes décrivent, après un bilan, un soulagement lié au simple fait qu’une difficulté ait un nom et une explication.

2. Sur quoi peut-on s’appuyer ?

Un bilan ne cherche pas seulement des déficits. Il identifie les fonctions préservées, les stratégies spontanées efficaces, les domaines de réussite. Tout accompagnement se construit sur ces appuis, pas sur les manques.

3. Que met-on en place, et dans quel ordre ?

C’est la partie la plus concrète, et celle qui justifie tout le reste. Les préconisations doivent être hiérarchisées : deux ou trois priorités réalistes valent mieux qu’une liste de quinze recommandations qui décourage tout le monde.

Les suites possibles

Les résultats orientent vers une ou plusieurs directions, rarement une seule :

  • La remédiation cognitive : un travail ciblé sur une fonction déficitaire, associant entraînement des capacités préservées et apprentissage de stratégies de compensation.
  • Un accompagnement psychothérapeutique : lorsque la souffrance, l’anxiété, la perte d’estime de soi ou l’évitement occupent le premier plan. Un diagnostic n’annule pas le retentissement émotionnel : il l’explique.
  • Un accompagnement en groupe : entraînement aux habiletés sociales ou affirmation de soi, quand la difficulté se joue dans l’interaction.
  • Des aménagements concrets : scolaires, universitaires, professionnels, ou dans l’organisation du domicile.
  • Une orientation complémentaire : orthophonie, ergothérapie, psychomotricité, avis médical spécialisé, réévaluation à distance.
  • Un accompagnement des proches : guidance parentale, soutien des aidants. La HAS, dans son guide de parcours pour les troubles neurocognitifs, consacre une place explicite au soutien de l’aidant, considéré comme une composante du parcours et non comme un supplément.

Concernant le TDAH de l’enfant et de l’adolescent, la HAS recommande une approche « multimodale et multidisciplinaire », construite avec l’enfant et ses parents, dans laquelle les interventions non médicamenteuses (psychoéducation, programmes de développement des compétences parentales, thérapies comportementales, cognitives et émotionnelles, adaptations scolaires) constituent le socle. C’est exactement la logique d’un après-bilan bien conduit : plusieurs leviers, coordonnés, plutôt qu’une réponse unique.

Le temps d’après : ce que l’on ressent

Recevoir un diagnostic, même attendu, même soulageant, produit des réactions qui surprennent :

  • Le soulagement : « ce n’était donc pas dans ma tête ».
  • La sidération : on n’entend plus rien après la première phrase.
  • La colère : contre le temps perdu, les années sans explication, les diagnostics manqués.
  • Le deuil : d’une image de soi, ou d’un avenir qu’on avait imaginé pour son enfant.
  • Le doute : « et si le résultat était faux ? ».

Ces réactions sont attendues et n’ont rien d’anormal. Elles peuvent apparaître des semaines après la restitution, quand l’information se dépose. Elles justifient parfois quelques séances dédiées, sans qu’il s’agisse d’une thérapie longue.

Pour les parents, une règle utile : un diagnostic ne change pas l’enfant. Il change ce que l’on comprend de lui. Il ne remplace pas ce qu’il est.

Quand le bilan ne conclut pas à un diagnostic

Cela arrive régulièrement, et ce n’est pas un échec. Un bilan qui ne retrouve pas de trouble apporte des informations réelles :

  • il écarte des hypothèses, ce qui évite des mois d’errance et des prises en charge inadaptées ;
  • il objective que la difficulté est réelle même si elle ne relève pas d’un trouble cognitif : un contexte, une souffrance psychique, un environnement inadapté, un sommeil dégradé ;
  • il oriente vers la bonne porte plutôt que de laisser chercher ;
  • il constitue un point de comparaison pour une éventuelle réévaluation ultérieure.

Une difficulté sans diagnostic reste une difficulté qui mérite d’être accompagnée. Le bilan sert alors à choisir le bon accompagnement, pas à décider s’il en faut un.

L’après-bilan, en pratique

Le bilan n’est pas une fin en soi, c’est un point de départ. C’est la raison d’être de ce cabinet : offrir le temps long de l’après-bilan. La page Le bilan neuropsychologique décrit le déroulé complet, restitution comprise. Selon ce que les résultats montrent, la suite peut prendre la forme d’une remédiation cognitive, d’un accompagnement psychothérapeutique ou d’un accompagnement en groupe. Les durées et les tarifs de chaque prestation sont publics. Vous avez déjà un compte rendu réalisé ailleurs et souhaitez savoir quoi en faire ? Écrivez-moi via la page Contact ; les questions les plus fréquentes sont traitées dans la FAQ.

Sources

  1. Guide parcours de soins : Annonce et accompagnement du diagnostic d’un patient ayant une maladie chronique (2014) (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé
  2. Guide du parcours de soins : Patients présentant un trouble neurocognitif associé à la maladie d’Alzheimer ou à une maladie apparentée (mai 2018) (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé
  3. Trouble du neurodéveloppement / TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents (2024) (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé
  4. Code de déontologie des psychologues (version 2021) (nouvelle fenêtre)Fédération française des psychologues et de psychologie et organisations signataires

Écrit par

Cyrielle Hue

Neuropsychologue · Psychologue TCC

Master II de Neuropsychologie cognitive et clinique, Université de Strasbourg (2014). Je reçois en visioconsultation pour les suivis TCC, et à domicile pour les bilans neuropsychologiques.

Retour aux articlesContact & RDV