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Ce qui se passe quand on évite, et quand on reste

Éviter ce qui fait peur soulage tout de suite, et c’est ce soulagement qui entretient la peur. Ce que montre l’exposition, et comment elle se pratique.

Vous êtes devant l’ascenseur. Vous prenez l’escalier, et vous montez les cinq étages. En haut, quelque chose se relâche : vous vous sentez mieux. Ce mieux est réel, il n’a rien d’imaginaire, et c’est lui qui pose problème. Les thérapies cognitivo-comportementales s’intéressent moins à la peur elle-même qu’à ce qui la maintient, et ce qui la maintient est presque toujours ce qui la soulage.

Éviter fonctionne, et c’est bien le problème

Éviter fonctionne. Il faut le dire clairement, parce que beaucoup de personnes s’en veulent d’y recourir et lisent leur évitement comme un manque de courage. L’anxiété redescend, tout de suite, et elle redescend à chaque fois. Aucune autre stratégie n’est aussi efficace, aussi vite, aussi sûrement.

Le prix se paie plus tard. Quand l’anxiété retombe parce que l’on est parti, le cerveau enregistre une conclusion simple : si je vais mieux, c’est que j’ai bien fait de partir, donc le danger était réel. La crainte n’est jamais mise à l’épreuve. Elle sort de l’épisode confirmée, un peu plus solide qu’avant.

L’évitement ne prend pas toujours la forme d’une absence. Il se cache aussi dans ce qui permet de rester : s’asseoir près de la sortie, préparer chaque phrase, garder quelqu’un à côté de soi, vérifier une dernière fois, demander à être rassuré. Ces comportements de sécurité passent pour des aménagements raisonnables, et ils remplissent exactement la même fonction. Ils produisent le même apprentissage : si tout s’est bien passé, c’est grâce à eux.

Le territoire, lui, s’élargit. Cela commence par un ascenseur, puis c’est le métro, puis la salle de réunion sans fenêtre. Le cercle du maintien décrit cet enchaînement en détail.

Deux courbes qui ne racontent pas la même histoire

Éviter ce qui fait peur soulage tout de suite. C’est justement ce soulagement qui entretient la peur : chaque évitement confirme que la situation était dangereuse, et le champ de ce que l’on redoute s’élargit. Rester dans la situation permet de vérifier le contraire, par l’expérience.

Quand on éviteL’anxiété monte, puis l’évitement la fait retomber d’un coup. Le point marque ce moment. La fois suivante, elle remonte plus vite, et un peu plus haut qu’avant.
Quand on évite, l’anxiété monte puis retombe brutalement au moment de l’évitement. À la deuxième occasion, elle monte plus vite et son pic est plus haut que la première fois. Anxiété1re fois2e foisTemps
Quand on resteL’anxiété monte, atteint un plafond, puis redescend d’elle-même sans qu’on ait rien fait pour la faire fuir. À force de répétitions, le pic est plus bas et la descente plus rapide : c’est l’habituation.
Quand on reste dans la situation, l’anxiété monte, plafonne, puis redescend d’elle-même. Au fil des répétitions, le pic est de plus en plus bas et la descente de plus en plus rapide. Anxiété1re fois2e3eTemps

Un exempleVous évitez de prendre l’ascenseur. Nous commençons par y entrer porte ouverte, puis pour un étage, puis pour plusieurs, chaque étape étant répétée jusqu’à ce qu’elle devienne supportable. C’est vous qui décidez du moment où l’on passe à la suivante.

L’exposition se prépare et se pratique avec un thérapeute : elle est graduée, répétée et prolongée, et n’a rien à voir avec le fait de se confronter seul, d’un coup, à ce que l’on redoute.

Ce que montre la seconde courbe n’est pas que l’anxiété disparaît sur commande. Elle monte, elle plafonne, puis elle redescend seule, parce qu’un organisme ne peut pas tenir indéfiniment en alerte maximale. Le bénéfice n’est pas dans la descente elle-même : il est dans l’information nouvelle récoltée au passage. La personne vient de traverser la situation, et ce qu’elle redoutait ne s’est pas produit, ou bien s’est produit sans la catastrophe annoncée.

L’habituation n’est pas de l’endurance

Rester dans la situation n’a rien à voir avec serrer les dents. Quelqu’un qui se force, qui compte les secondes et qui s’accroche à un comportement de sécurité ne récolte aucune information nouvelle : il attribue le fait que tout se soit bien passé au comportement de sécurité, et non à lui-même. La courbe ne descend pas, ou elle descend sans rien apprendre à personne.

C’est pourquoi la durée compte. Sortir au moment du pic, c’est reproduire exactement la première courbe. Rester jusqu’à ce que l’anxiété ait sensiblement baissé, c’est laisser à l’apprentissage le temps de se faire.

Et c’est pourquoi la répétition compte davantage encore. Une seule fois ne prouve rien : c’est en refaisant la même étape jusqu’à ce qu’elle devienne ordinaire que s’installe une autre façon de réagir.

Comprendre ne suffit pas

Presque toutes les personnes qui consultent savent déjà que leur peur est disproportionnée. Elles le disent souvent avant moi, et elles en ont honte. Cette lucidité ne change rien, et il n’y a là aucune faiblesse de caractère.

L’explication tient en une phrase : une conviction émotionnelle ne se met pas à jour par le raisonnement, mais par l’expérience. Tant que la situation reste évitée, aucune information nouvelle n’atteint le système d’alarme. La restructuration cognitive prépare le terrain, elle rend l’idée pensable ; c’est l’expérience qui la rend croyable.

Ce que l’exposition est, et ce qu’elle n’est pas

L’exposition est la technique qui organise ce retour dans la situation. La Haute Autorité de Santé retient d’ailleurs, pour le trouble panique, l’objectif de « mettre fin aux conduites d’évitement ».

Elle répond à quatre conditions, et aucune n’est facultative.

  • Graduée. On commence par une étape difficile mais tenable, jamais par la plus redoutée.
  • Répétée. Chaque étape est refaite jusqu’à devenir ordinaire avant que l’on passe à la suivante.
  • Prolongée. On reste jusqu’à ce que l’anxiété baisse d’elle-même, et non jusqu’à ce qu’elle devienne insupportable.
  • Préparée et accompagnée. La hiérarchie des étapes, le rythme et les critères d’arrêt se décident en séance, avant.

Ce que l’exposition n’est pas : se jeter à l’eau, se confronter d’un coup à ce que l’on redoute le plus, tenir bon parce qu’il le faudrait. Une confrontation brutale, trop brève, ou menée avec des comportements de sécurité ne produit pas d’habituation. Elle produit une expérience de plus qui confirme la peur, et elle décourage durablement d’essayer à nouveau.

C’est la raison pour laquelle cet article n’est pas un mode d’emploi. Lisez-le comme une explication de ce qui se passe en thérapie, pas comme une consigne à appliquer seul ce soir.

Ce que cela donne en séance

Le travail commence bien avant la première étape. Nous reconstituons ensemble des situations récentes et précises, pour repérer ce qui déclenche, ce que vous vous dites, ce que vous ressentez, et ce que vous faites pour que cela cesse. C’est l’analyse fonctionnelle, et elle est propre à chacun.

Nous construisons ensuite une progression, du plus abordable au plus difficile, et nous décidons ensemble du point de départ. Vous n’êtes jamais placé devant une étape que vous n’avez pas choisie. Entre les séances, vous expérimentez ; à la séance suivante, nous regardons ce qui s’est passé, ce qui a été plus facile que prévu et ce qui a été plus dur, puis nous ajustons.

La psychoéducation accompagne tout le parcours : comprendre pourquoi l’anxiété monte, pourquoi elle redescend, et à quoi sert chaque exercice fait partie du traitement, pas de son emballage.

Se faire accompagner

Si l’évitement a commencé à décider à votre place, une TCC travaille précisément ce point. La page L’accompagnement psychothérapeutique détaille les publics concernés, les phases du suivi et les techniques employées. Les séances se déroulent en visioconsultation, et la première sert d’abord à vérifier ensemble que cette approche vous convient.

Pour formuler une demande, la page Contact réunit ce dont j’ai besoin pour vous répondre.

Sources

  1. Troubles anxieux (dossier d’information) (nouvelle fenêtre)Inserm
  2. Guide Affection de longue durée : Affections psychiatriques de longue durée : troubles anxieux graves (juin 2007) (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé
  3. Psychothérapie : trois approches évaluées : expertise collective, synthèse (2004) (nouvelle fenêtre)Inserm

Écrit par

Cyrielle Hue

Neuropsychologue · Psychologue TCC

Master II de Neuropsychologie cognitive et clinique, Université de Strasbourg (2014). Je reçois en visioconsultation pour les suivis TCC, et à domicile pour les bilans neuropsychologiques.

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