Le bilan
Comment se préparer à un bilan neuropsychologique
Sommeil, lunettes, ordonnances, comptes rendus scolaires : ce qu’il faut prévoir avant un bilan neuropsychologique, et quand il vaut mieux le différer.
Se préparer à un bilan neuropsychologique demande peu de choses, et surtout pas de révisions : il n’y a rien à apprendre, et chercher à « bien faire » fausse la mesure plutôt qu’elle ne l’améliore. Trois éléments suffisent dans la grande majorité des cas : arriver reposé, avoir avec soi ses corrections sensorielles et ses traitements habituels, et rassembler les documents qui racontent votre parcours. Le reste relève de l’organisation pratique.
Ce qu’un bilan n’est pas
C’est le point de départ, parce qu’il lève la moitié de l’anxiété.
Un bilan n’est pas un examen. Il n’y a ni note, ni réussite, ni échec. Les épreuves sont conçues pour aller au-delà de ce que chacun sait faire : il est normal, et même attendu, de ne pas tout réussir. Une personne qui réussirait tout n’aurait pas été évaluée sur l’ensemble de ses capacités.
Un bilan ne se prépare pas intellectuellement. Aucune application d’entraînement cérébral, aucun exercice de logique, aucune révision ne vous rendra service. Au mieux cela n’a aucun effet, au pire cela rend certains résultats ininterprétables, et donc inutiles pour vous.
Un bilan n’est pas un jugement sur votre personne. C’est une description d’un fonctionnement, à un moment donné, dans des conditions données. Le professionnel observe aussi la manière dont vous vous y prenez : vos stratégies, votre fatigabilité, votre façon de réagir à la difficulté. Ces observations comptent autant que les scores.
Les trois choses qui comptent vraiment
Dormir
Le sommeil est le facteur modifiable qui influence le plus les performances attentionnelles et mnésiques. Une nuit courte suffit à dégrader significativement l’attention soutenue et la mémoire de travail.
Il ne s’agit pas de dormir « exceptionnellement bien » la veille (l’injonction produit souvent l’inverse) mais de ne pas programmer le rendez-vous après une garde, une nuit blanche ou un vol long-courrier. Si votre nuit a été mauvaise malgré tout, dites-le en arrivant : cette information sera prise en compte dans l’interprétation.
Voir et entendre normalement
Cela paraît évident, et c’est pourtant l’oubli le plus fréquent. Beaucoup d’épreuves sont visuelles ou verbales : une correction optique inadaptée ou un appareil auditif resté à la maison peut transformer une difficulté sensorielle en apparence de trouble cognitif.
Apportez vos lunettes de vue ou de lecture, vos lentilles, vos appareils auditifs, et vérifiez leurs piles. Si votre dernier contrôle ophtalmologique ou auditif remonte à plusieurs années et que vous avez un doute, signalez-le.
Ne rien changer à vos traitements sans avis médical
C’est une règle de sécurité. N’arrêtez, ne réduisez et ne décalez aucun médicament de votre propre initiative avant un bilan. Certains traitements agissent sur la vigilance ou la cognition, et la question de leur influence est légitime, mais elle se tranche avec le médecin prescripteur, jamais seul.
Dans certaines situations, notamment lorsqu’un traitement de l’attention est déjà en place, le médecin peut demander une modalité particulière. Cette consigne vient de lui.
Venez avec la liste de vos traitements en cours, ou plus simplement vos ordonnances, y compris ce que vous prenez sans ordonnance.
Les documents à rassembler
Le bilan commence par un entretien approfondi, l’anamnèse, qui détermine quels tests seront choisis. Plus il s’appuie sur des éléments concrets, plus l’évaluation sera pertinente. Selon votre situation :
- Courrier ou prescription du médecin qui vous adresse, s’il y en a un.
- Comptes rendus médicaux en lien avec la demande : imagerie cérébrale, hospitalisation, consultation de neurologie ou de psychiatrie, compte rendu d’un bilan antérieur.
- Bilans réalisés par d’autres professionnels : orthophonie, psychomotricité, ergothérapie, orthoptie, audiométrie.
- Pour un enfant ou un adolescent : bulletins scolaires des dernières années, cahiers ou productions représentatives, courriers de l’établissement, projet d’accompagnement en cours (PAP, PPS, PPRE), carnet de santé pour les données développementales.
- Pour un adulte : éléments sur le parcours scolaire et professionnel, courriers de la médecine du travail le cas échéant.
- Pour une personne âgée : ordonnances, résultats biologiques récents, et si possible le regard d’un proche sur l’évolution dans la vie quotidienne.
Les recommandations de la Haute Autorité de Santé insistent, tant pour le TDAH que pour le trouble du spectre de l’autisme ou les troubles neurocognitifs, sur le caractère multidimensionnel de l’évaluation. Ces documents ne sont pas de la paperasse : ils sont ce qui permet de croiser les regards.
Un conseil pratique : rassemblez-les dans une pochette la veille, plutôt que le matin même.
Préparer un enfant à son bilan
La préparation d’un enfant tient en une phrase : dire la vérité, simplement, sans dramatiser ni survendre.
Ce qui fonctionne bien :
- Expliquer la veille ou l’avant-veille, pas trois semaines avant.
- Utiliser des mots concrets : « Tu vas rencontrer quelqu’un dont le métier est de comprendre comment on apprend et comment on se concentre. Il va te proposer des jeux, des questions, des puzzles. »
- Préciser qu’il n’y a pas de note et pas de punition, et que personne ne se fâchera si c’est difficile.
- Prévenir que certaines choses seront faciles et d’autres beaucoup plus dures, et que c’est fait exprès.
Ce qu’il vaut mieux éviter :
- Présenter le rendez-vous comme une sanction ou comme la conséquence des mauvaises notes.
- Promettre une récompense conditionnée à la « réussite » : cela installe exactement la pression qu’on cherche à éviter.
- Faire une surprise : arriver sans savoir pourquoi est anxiogène et dégrade la coopération.
Prévoyez un petit encas et une bouteille d’eau. Un jouet ou un doudou pour un enfant jeune est le bienvenu ; il reste à disposition pendant les pauses.
Accompagner un proche âgé
Lorsque la demande concerne une personne âgée, la présence d’un proche est souvent précieuse, mais à une condition : le patient reste l’interlocuteur principal.
L’accompagnant apporte des éléments que la personne ne perçoit pas toujours : depuis quand, dans quelles situations, avec quelles conséquences concrètes. Un accompagnant qui répond à la place complique en revanche l’évaluation.
En pratique, une partie de l’entretien se déroule fréquemment en présence du proche, et la passation des tests se fait seul avec le professionnel. Ce n’est pas une mise à l’écart : c’est une condition de validité, les épreuves perdant tout sens si quelqu’un souffle une réponse ou encourage.
Le cas du bilan réalisé à domicile
Lorsque le bilan se déroule chez vous, la préparation matérielle est simple mais réelle. Il faut :
- une pièce calme, isolée du bruit, où l’on peut fermer la porte ;
- une table et deux chaises, avec un éclairage suffisant ;
- l’assurance de ne pas être interrompu pendant toute la durée prévue : téléphones en silencieux, télévision éteinte, autres membres du foyer prévenus ;
- l’absence d’animaux dans la pièce pendant la passation, y compris s’ils sont calmes ;
- si possible, pas de livraison ni de rendez-vous programmé sur le créneau.
Ces exigences ne sont pas du confort. Les épreuves attentionnelles sont chronométrées et sensibles à la moindre interruption ; une sonnerie au mauvais moment peut invalider une épreuve entière.
Le jour du bilan
- Prévoyez large : la passation dure généralement de 1 h 30 à 3 heures, parfois répartie sur deux séances.
- Mangez normalement avant. Un bilan est fatigant.
- Café ou thé habituels : gardez vos habitudes, ni plus ni moins. Ce n’est ni le jour du sevrage, ni celui du triple espresso.
- Habillez-vous confortablement.
- Signalez en arrivant tout ce qui sort de l’ordinaire : mauvaise nuit, douleur, migraine, contrariété récente, traitement modifié récemment.
- Vous pouvez demander une pause. Le dire est utile, pas gênant.
- Vous pouvez dire « je ne sais pas ». C’est une réponse.
Quand il vaut mieux différer
Un bilan mesure un fonctionnement à un instant donné. Réalisé dans certaines périodes, il reflète l’état du moment plus que le fonctionnement habituel, et risque de conduire à des conclusions faussement inquiétantes.
Il est souvent préférable d’attendre :
- après un deuil ou un événement de vie majeur récent ;
- pendant un épisode dépressif ou anxieux aigu non stabilisé : la dépression peut à elle seule dégrader nettement les performances mnésiques et attentionnelles ;
- en cas de privation de sommeil sévère ou de syndrome d’apnées du sommeil non traité ;
- pendant un sevrage en cours, ou en cas de consommation active de substances ;
- lors d’un épisode médical aigu : infection, douleur non soulagée, déséquilibre métabolique, modification récente de traitement ;
- trop peu de temps après un bilan précédent avec les mêmes outils, en raison de l’effet d’apprentissage lié à la répétition des épreuves.
Différer n’est pas renoncer. C’est souvent la décision qui donne au bilan sa valeur. Cette question se discute avec le professionnel avant de fixer la date, et c’est l’une des raisons pour lesquelles un échange préalable est utile.
Aller plus loin sur ce site
La page Le bilan neuropsychologique détaille le déroulé complet, les indications et les modalités pratiques, y compris la réalisation au domicile. Les durées et les honoraires figurent sur la page tarifs et prise en charge.
L’article À quoi sert vraiment un bilan neuropsychologique ? explique ce que l’évaluation mesure et ce qu’elle permet ensuite. Les questions pratiques les plus fréquentes sont regroupées dans la FAQ, et le vocabulaire technique dans le glossaire. Pour convenir d’un rendez-vous, écrivez via la page contact.
Sources
- Trouble du neurodéveloppement/TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé
- Patients présentant un trouble neurocognitif associé à la maladie d’Alzheimer ou à une maladie apparentée : guide parcours de soins (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé
- Trouble du spectre de l’autisme : signes d’alerte, repérage, diagnostic et évaluation chez l’enfant et l’adolescent (nouvelle fenêtre)Haute Autorité de Santé
Écrit par
Neuropsychologue · Psychologue TCC
Master II de Neuropsychologie cognitive et clinique, Université de Strasbourg (2014). Je reçois en visioconsultation pour les suivis TCC, et à domicile pour les bilans neuropsychologiques.